Haiveen
Kurdistan / Halifax,Nouvelle-Écossse

Je m`appelle Haiveen et je vis présentement à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Je suis né au Kurdistan mais ma famille et moi avons quitté notre pays il y a quatre ans. Nous avons dû le quitter pour des raisons politiques et pour que mon frère et moi ayons droit à un avenir meilleur. Le Kurdistan n`est pas un pays indépendant. Dans la région où je vivais, il n`y avait pas de guerre, mais c`était comme si la population kurde n`existait pas. Il nous était impossible de lire et d`écrire en kurde ou encore d`écouter de la musique dans notre langue. En fait, nous ne pouvions rien faire en kurde.

Mon père a fait de la prison pendant 10 ans parce qu`il s`opposait au gouvernement et qu`il réclamait la liberté pour tous. Les enfants et les femmes n`ont pas de droits là-bas et mon père réclamait des droits pour tous. Il a été arrêté et jeté en prison sans accusations ni procès. Après 10 ans, il a finalement été convoqué devant un tribunal. Les prisons kurdes sont très différentes des prisons canadiennes. Les prisonniers y sont maltraités: ils sont abusés physiquement et émotivement. J`avais un an quand mon père a été mis en prison. Comme le lieu de travail de ma mère était très loin de la prison - environ la distantce entre Halifax et Toronto en train - nous avions prévu le visiter à tous les deux ou trois mois. Parfois, quand nous allions lui rendre visite, on nous empêchait de le voir, juste pour nous contrarier, nous blesser. Plusieurs des amis de mon père sont encore en prison. Ils y sont depuis 1981 et ils n`ont rien fait qui soit passible d`un tel traitement.

Lorsque mon père a été libéré, il nous a dit qu`il n`y avait pas d`avenir pour nous au Kurdistan. Nous sommes donc partis. Nous sommes déménagés en Turquie, dans la partie kurde. Les Kurdes de Turquie se battaient et mouraient pour leur pays. Ils mourraient pour ce qu`ils étaient, pour être Kurde. C`est à ce moment-là que j`ai réalisé qui j`étais et ce que signifiait être Kurde. Nous sommes restés là un mois et ensuite nous sommes déménagés à Anka, parce que l`ambassade canadienne et les Nations unies y étaient. À Anka, mon père m`a fait un bandeau avec les couleurs du drapeau kurde. J`avais très peur de porter ce bandeau parce que plusieurs personnes avaient été arrêtées pour porter les couleurs kurdes. Il ne nous était pas permis de porter ces couleurs en Turquie, j`ai donc cessé de porter mon bandeau.

Nous avons vécu à Anka un an et ensuite, le Gouvernement turc nous a envoyé dans un camp de réfugiés. Nous y sommes restés un an et demi. C`était comme en prison. Lorsqu`on voulait sortir du camp, nous devions être accompagné par la police. Nous avions droit à un maximum de deux heures de sortie par semaine. Les autorités avaient peur qu`on fasse du mal à la population turque parce que mon père était immigrant illégal. La nourriture était horrible: nous avions droit aux restes des autres. D`autres fois, la nourriture était passée date et il y avait des vers dedans. Je n`avais pas le droit d`aller à l`école. J`ai manqué deux ans et demi. Nous étions en attente pour sortir du pays, en attente d`un signe de l`ambassade canadienne. Il n`y avait rien à faire là-bas. Il y avait seulement une télé pour tout le camp. Parfois, la police et les gardes changaient de poste et on ne pouvait rien dire.

Tous les vendredis, nous appellions l`ambassade. Un vendredi, mon père est revenu en riant, joyeux, et il nous a annoncé que nous allions finalement partir pour le Canada. Ça nous a pris une heure avant de le croire. Le lendemain, j`étais très excité. Je bombardais mon père de questions sur le Canada: «Est-ce que pourrai dire que je suis Kurde ? Est-ce que je pourrai porter les couleurs de mon pays ?» Et il m`a répondu : «Tu pourras faire ce que tu veux, c`est un pays libre ! »

J`espère qu`un jour mon pays sera indépendant et que la paix et la liberté y régneront. J`y retournerai un jour, c`est sûr à 100%. Même si le pays est en guerre. J`irai me battre pour le défendre. Ma famille et mes amis sont encore là-bas. La situation économique et les conditions de vie se dégradent.

J`ai détesté ma première journée d`école au Canada. Je ne parlais pas un mot d`anglais. C`était très difficile pour moi. Les gens n`étaient pas aussi éduqués qu`aujourd`hui en ce qui concerne la situation des réfugiés et des gens ayant vécu la guerre. Les jeunes ont commencé à rire de moi et à me traiter de noms. Il était difficile pour ces gens de m`accepter, parce que je parlais et je m`habillais différemment. Ça a duré 6 mois. Je voulais parler anglais mais c`était tellement difficile ! Je sortais tout juste d`une situation pénible et par-dessus le marché les gens se moquaient de moi. En secondaire trois, j`ai commencé à mieux parler anglais et je pouvais enfin m`exprimer. Par contre, il était toujours difficile de me faire des amis. C`était difficile d`expliquer qui j`étais.

Mon déménagement au Canada a été l`événement le plus important de ma vie ! À Halifax, je me suis impliqué dans un programme d`engagement communautaire. C`est un programme qui s`adresse à tous les jeunes, autant les jeunes qui connaissent la culture canadienne et que les nouveaux arrivants. Nous apprenons à connaître nos différentes cultures et à communiquer. Nous développons nos habiletés en leadership et nous travaillons à développer des comportements et des attitudes antiracistes. Mon implication dans ce programme m`a beaucoup aidé à comprendre mon nouveau pays et à me comprendre.

Quand j`essaie de parler de mes expériences à certaines personnes, elles ne me prennent pas au sérieux. Quelques- unes rient, d`autres me posent des questions embarassantes. Les gens doivent être ouverts et accepter les différentes cultures et religions. Ils doivent essayer de comprendre ce que vivent les nouveaux arrivants. Les jeunes Canadiens peuvent aider. S`ils en parlent autour d`eux en commençant par leur famille et leur communauté, de plus en plus de gens entendront parler de cette réalité et y seront sensibles. Je crois que le gouvernement écoutera aussi. Les jeunes ont beaucoup de pouvoir. Ayez la foi et foncez !


 

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